vendredi 18 mai 2018

Vrac et morceaux variés

J'ai découvert avec horreur que mon antispam, qui laissent passer des invitations à des stages de reiki ou des offres de crédit que j'ai déjà passé huit fois en "indésirable" a par contre foutu à la corbeille quantité de mails de boulot. Des relances d'un éditeur pour un boulot urgent, des questions d'un dessinateur pour un futur projet (dont voici un extrait en avant-première mondiale)


des mails de membres de ma famille, etc. Mon opérateur a vraiment chié dans la colle, mais genre bien fort. Le problème c'est que j'ai tardivement pris conscience de ce souci, et que si des trucs sont passés à l'as en avril, je n'en ai pas trace. Du coup, si jamais vous avez tenté de m'écrire et que vous avez reçu un message d'erreur, ou bien que je n'ai jamais répondu, envoyez-moi un mot en commentaire, ou renvoyez un mail. Je regarde la boite à spam tous les jours, en ce moment. Et je passe pas mal d'adresses en greenlist. Sans être certain que ça suffise.

Sinon, j'étais le week end dernier au festival Le Rayon Vert à Thionville, et c'était super. Je recommande le lieu et la manifestation. Merci encore aux organisateurs.

Et je me suis payé un gros coup de blues cette semaine : un atelier à animé m'a amené à quelques centaines de mètres de la maison où j'ai passé mon adolescence. J'en ai profité pour arriver en avance dans le coin, et pour flâner en repartant. Mon ancienne rue n'a quasiment pas bougé depuis la dernière fois où j'y suis passé. Hormis la petite bibliothèque municipale qui semble avoir été déplacée, ce qui m'a fait un petit pincement au cœur. J'ai vraiment aimé cet endroit, où j'ai découvert Andreas, Philip K. Dick, Frazetta, Moebius ou Frank Herbert. Où j'ai commencé à parler vraiment BD avec un autre habitué qui bricolait dans son coin les nouvelles aventures de Jean Gabin. Voir ce lieu converti en habitation, ça m'a fait bizarre. Je crois l'avoir su, parce que la fermeture est ancienne, et l'avoir déjà constaté, mais mon esprit avait miséricordieusement occulté la chose. Une bibliothèque ou une bonne librairie qui ferme, ça me fait toujours un peu mal.

Mais le gros coup, ça a été quand je suis descendu sur l'avenue, en bas de la ville. Il y en a un segment où je n'ai pas refoutu les pieds depuis un bon quart de siècle, au bas mot. Et là, ça m'a secoué. Tout une rangée de vieux bâtiments a été abattue et remplacée par des immeubles modernes. Des endroits où j'ai eu des amis, ou j'ai vécu des choses, des fous rires, des bonnes bouffes, des engueulades, des découvertes, des moments partagés pour le meilleur et le pire… Tout a disparu d'un bloc. En tout cas à mes yeux, puisque je prends conscience des changements cumulés d'un seul coup. La papèterie où j'achetais du matériel de dessin n'existe plus, et apparemment l'immeuble où elle se trouvait non plus. Du bar où j'allais boire des coups avec des copains, plus la moindre trace. Alors que 300 mètres plus loin, dans la ville d'à côté, l'avenue est totalement conforme à mon souvenir. J'ai un rapport conflictuel à la nostalgie, un sentiment qui m'affecte généralement peu. Mais là, je m'en suis pris un gros fix bien chargé à bloc. De la pure.

Je me suis arrêté chez un vieux brocanteur que je n'avais jamais vu dans cette rue (mais peut-être est-ce celui des arcades qui s'est déplacé de 200 mètres) et je lui ai acheté une jolie édition de Lord Byron. Je n'ai jamais lu de Lord Byron auparavant, seulement un peu de Shelley. C'est l'occasion de combler une lacune de ma culture. J'ai attaqué le Pélerinage de Childe-Harold dans le train du retour, et c'est un texte curieux, qu'on croirait situé au Moyen-Âge au départ, mais qui multiplie les considérations sur la situation de l'époque napoléonienne parce qu'il est plus ou moins autobiographique. Je l'ai pris par le mauvais bout.

Dans la série je-suis-très-emmerdé, il m'arrive le même coup que l'an passé : mon Île de Peter était sortie à peu de distance du roman Moi, Peter Pan, qui chassait en partie sur les mêmes terres. Dieu merci, cet excellent bouquin part dans de toutes autres directions et donne une lecture du personnage qui, si elle recoupe parfois la mienne, le prend par un tout autre bout. Et du coup, les deux romans ne font pas doublon. Eh bien je viens de voir sortir un Uter Pendragon qui s'attache à ce personnage important mais peu développé du mythe arthurien. Et mon prochain bouquin est justement une réinterprétation d'Uther. Apparemment, ce roman-ci part sur la version purement médiévale de la légende, donc ça doit être très différent de ce que j'ai essayé de faire. On verra bien.

Bref… Sur ces entrefaites, pipi, pâte à dents, livre en papier puis dodo.

lundi 7 mai 2018

Et j'ai crié, criéééhé Alien pour qu'elle revienne

Vous m'avez déjà entendu, ici et là, gueuler sur la "duologie" (oui, il paraît que c'est comme ça qu'on dit, maintenant. "quadrilogie" n'était que le début de la barbaritude en ce domaine. de mon temps, par contre, on disait "diptyque" et "tétralogie" mais ce sont sans doute des mots qui sonnent trop savant pour les commerciaux qui vendent des coffrets DVD) de Ridley Scott consacrée au massacre général de la licence Alien crée par Dan O'Bannon et Ronald Shusett (de l'archiduchesse).

Liste de mes vaticinations sur le sujet :
Prometheus, première partie
Prometheus, deuxième partie
Covenant
et un papier plus général sur les théories d'intelligent design en SF dont Prometheus est une illustration assez pataude

Les plus acharnés d'entre vous pourront également aller voir ce que je disais des Aliens versus Predator, mais ça nous éloigne de notre sujet. (même si Prometheus est, en fait, un mauvais remake du premier AvP, quand on y pense)

Pourquoi reviens-je retourner le couteau rouillé dans cette plaie purulente, me direz-vous ? Tout simplement parce qu'à la suite d'un de ces échanges de bouquins que je pratique avec des collègues, j'ai récupéré le comic book Alien Apocalypse, the Destroying Angels, de Mark Schultz (Cadillacs et Dinosaures) et Doug Wheatley (qui a signé une palanquée de comics Star Wars). Cette toute petite centaine de pages a été publiée il y a une vingtaine d'années chez Dark Horse, éditeur qui a pas mal écrémé les grosses licences cinématographiques de ce genre, avec parfois des pépites (le Alien Salvation de Mignola, le Robocop vs Terminator de Miller et Simonson, etc) et parfois des trucs qui relèvent du tout venant.

Et à la lecture du machin, outre le hibou qui pourrait presque être un clin d'œil à Blade Runner, force est de constater que Scott, qui a fait profession dans Prometheus et Covenant de chier à jet continu sur tout ce qui avait été fait après lui autour de l'Alien, a pillé comme un goret. Ou alors il n'a pas fait exprès, mais dans ce cas c'est pire, il démontre son manque complet d'originalité, surtout quand il se croit malin.

Alors ça raconte, quoi, au juste, ce comic book ? Tout simplement qu'un groupe de mercenaires spécialisé dans les opérations de sauvetage doit aller récupéré un scientifique parti étudier des vestiges étranges. En fait, ce scientifique avait fouillé des dossiers de la Weyland-Yutani concernant l'incident du premier film Alien, et avait cherché une autre épave du même genre. Et a commencé des expériences sur ce qu'il y a trouvé.

Comparatif avec le duoptyque… dilog… les deux films de Scott ? Un androïde qui infecte délibérément un collègue ? Check. L'éradication complète de la race des space jockeys/ingénieurs par les aliens ? Check. Le fait que la terre ait été visité dès l'origine ? Check. Un personnage qui accueille les protagonistes, mais les plante en jouant à Dieu et projetant une mystique démente sur les xénomorphes ? Check. Un androïde auquel on rattache la tête au passage ? Check.

Je déconne pas, tout y est. Mais le plus intéressant, à la limite, ce sont les différences. Car si l'espèce de cosmogonie/eschatologie toute pétée de Ridley Scott n'a convaincu personne, celle de Schultz, pourtant jouée sur un mode plus mineur, est très sympa. Mieux encore, elle est présentée comme la théorie d'un semi-dément, et le lecteur (et les protagonistes avec lui) est libre de la prendre au sérieux ou pas, ou de l'amender à volonté.

Car pour lui la vie est apparue très tôt sur Terre, il y a 3,2 milliards d'années (en fait, son chiffre est pas mauvais, ont montré des découvertes, sauf que cette vie ancienne n'a pas dépassé le stade unicellulaire procaryote pendant encore 2 milliards d'années). Elle a fleuri et donné des formes complexes, avant d'être brutalement éradiquée, puis de renaitre péniblement. Les Ingénieurs ont été éradiqués aussi, un peu plus tard, il y a un milliard d'années, juste après que la vie ait refleuri chez nous et ce retour de la vie sur terre est peut-être de leur fait. Et les traces retrouvées, dans chaque cas, pointent vers une infestation des Aliens. Ces monstres seraient peut-être alors l'expression d'un univers hostile à la vie consciente, qui l'élimine dès qu'elle parvient à quitter les limites de son propre monde. Plein de choses sont laissées dans l'ombre, mais cette histoire esquissée à grands traits est plus cohérente avec la symbolique de l'Alien que tout ce qu'en a fait Scott. Mieux, elle n'est pas prescriptive, libre au lecteur de l'accepter ou pas dans le cadre de cet univers fictionnel, quand Covenant nous martèle un "réel" qui contredit tout ce que nous savions du monstre.

Le problème de Scott n'est dès lors pas qu'il se la raconte, et qu'il raconte mal, mais surtout qu'il soit totalitaire et révisionniste dans sa façon de raconter…

dimanche 6 mai 2018

Billy Black, dans les pays de l'est, on l'appelle Tcherno-Bill

Changement d'ambiance pour mon prochain bouquin. Alors que mon roman arthurien est en cours de relecture chez l'éditeur, j'ai attaqué un nouveau roman, destiné au tout nouveau label Les Saisons de l'Etrange (qui faisait hier soir un petit happening à l'excellente librairie le Nuage Vert, rue Monge). Le concept, c'est de faire de l'aventure pulp, du mystère, du un peu perché, aussi. Du coup, sans vous en dévoiler plus mais pour que vous puissiez juger de la différence de décor, je vous en balance un extrait tout frais :


« Tu as un GPS qui capte à cette profondeur ? »
Branko étouffa un rire.
« Je pourrais te faire marcher en te disant oui, mais en fait… Non. »
Il lui tendit le téléphone qu’elle examina, curieuse. L’écran affichait un plan des rues, mais pas à la façon dynamique d’une application GPS. Un pointillé rouge clignotant marquait leur progression. Dans un coin de l’écran, huit triangles formaient une sorte de rose des vents simpliste.
« Ne le secoue pas, Marie-Jo. Ça déréglerait le truc.
— Explique…
— C’est une appli qu’un copain m’a bricolée à partir du podomètre utilisé pour le jogging. Tu uploades une carte à la bonne échelle de la zone où tu te promènes, et l’appareil compte tes pas. Et quand tu tournes, tu consultes une bonne vieille boussole low-tech avant d’indiquer la nouvelle direction sur les flèches, pour que l’appli puisse suivre. »
Elle lui rendit le téléphone.
« Tu l’as fait faire exprès pour moi ?, lui demanda-t-elle.
— Tu rigoles ? Non, elle a été conçue pour mon groupe d’UrbEx. Comme on pénètre parfois dans des sites interdits, on retire la puce de nos téléphones pour ne pas être repérés, et on s'oriente hors-ligne.
— T’es vraiment un fondu, Branko. C’était où, ta dernière expédition ?
— Tu n’as pas envie de savoir.
— Allez, dis-moi !
— Pripyat.
— À Tchernobyl ? Mais c’était il y a deux ans !
— On y est retournés depuis. »
Secouant la tête, elle lui adressa un regard navré.

vendredi 4 mai 2018

Go East

La semaine prochaine, et plus précisément le dimanche 13 mai, je serai au festival Le Rayon Vert de Thionville-Volkrange  pour y dédicacer mon album Howard P. Lovecraft, celui qui écrivait dans les ténèbres. Je ne préviens que maintenant parce que, du fait des grèves de train, on n'était pas bien sûrs de la logistique. Des solutions ayant été trouvées, je pourrai sauf imprévu m'y rendre. Si vous êtes dans le coin, n'hésitez pas à passer me voir !

mercredi 2 mai 2018

Pastiche 51

Sonnez tambour résonnez trompettes, c'est le mois prochain que devraient débouler sur vos étals les nouvelles aventures de Séraphin Dulac, héros du Château des Etoiles écrit et dessiné par l'estimable Alex Alice. Ce premier chapitre du tome 4 sera prépublié dans le 10e numéro de la Gazette des Etoiles, revue à laquelle j'ai l'immense honneur de collaborer en tant que rédacteur de la partie journal, dans laquelle je tente de pasticher le style d'époque.
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Et donc, histoire de vous donner envie, voici un tout petit extrait de la partie en question :


lundi 30 avril 2018

samedi 28 avril 2018

Frontière de l'Infini (air connu)

Je ne sais pas si beaucoup d'entre vous ont mis le nez dans mon bouquin sur les Cosmonautes, sorti il y a quelques années chez les Moutons électriques (si le sujet vous intéresse, foncez, je ne crois pas qu'il en reste énormément en stock) (vous voyez comme je suis subtil dans ma communication et ma pub, moi ?), mais la lecture de ce blog vous aura peut-être convaincu que la conquête de l'espace est un sujet qui m'intéresse depuis un bail.

Et donc, j'ai aujourd'hui tapé les premières pages d'un projet de BD qui va taper pile dans ce thème. Et ça me donne l'impression de revenir à la maison, d'une certaine façon…

vendredi 27 avril 2018

The Game

Ah, j'avais pas fait gaffe, mais l'interview que j'ai donnée sur Game One pour la sortie de H.P. Lovecraft, celui qui écrivait dans les ténèbres est passée le mois dernier. Je vous la livre ici :



mardi 24 avril 2018

La petite souris va sortir

Bon, ma BD sur Lovecraft vit sa vie, et comme de juste il est temps de passer à autre chose. Curieusement, cette autre chose dont je voulais vous parler aujourd'hui a été finie, de mon point de vue, bien avant le Lovecraft. J'ai bouclé le scénario de Disney & Disney, Deux frères à Hollywood un an au moins avant de terminer le gros de l'écriture de Howard P. Lovecraft, Celui qui Ecrivait dans les Ténèbres. Mais les aléas de la production font que l'album a mis plus longtemps à se faire, et ne sortira donc qu'à la fin de l'année (on avait pensé à la Rentrée, à un moment, mais d'autres facteurs encore sont intervenus).

Son thème ? La façon dont Walt et Roy Disney, partis de rien, ont fondé un empire du divertissement qui demeure quasi hégémonique, un demi-siècle après leur disparition. Une autre ambiance que Lovecraft, donc, mais néanmoins un recouvrement de période et le fait que, malgré tous leurs défauts, Oncle Walt et H.P. Lolo ont tous deux été de grands créateurs qui influent encore sur notre imaginaire.


lundi 23 avril 2018

Dédales

Ça fait un bail que je ne vous ai pas posté une nouvelle. Celle-ci n'est pas inédite, elle a été publiée dans le premier numéro de Fiction quand Les Moutons électriques ont relancé la revue, il y a de ça un bail.


Dédales
Alex Nikolavitch

- Attendez-moi ici.
L’arpenteur partit en pataugeant dans l’eau boueuse et disparut à l’angle des tunnels. Son client resta là, grelottant dans le vent humide qui soufflait à cet endroit, provenant d’on ne savait où dans ces interminables catacombes. Il savait qu’il ne fallait pas discuter la volonté de l’arpenteur, alors il se décida à attendre en comptant les rats, les pieds dans la boue.
Pris d’une inspiration subite, il sortit son couteau, cherchant des yeux une surface dégagée pour y inscrire son nom. Un détail attira son regard, un réseau de fines rainures gravées sur la paroi dégoulinante. L’érosion avait mis l’inscription à mal, mais on y lisait encore un nom, on devinait une date ancienne.
L’homme sursauta soudain. L’arpenteur était revenu et lui faisait signe de le suivre. Alors il rangea sa lame et obéit. Ils s’engagèrent dans un boyau étroit et sinueux, aux murs glaiseux et irréguliers, un conduit qui avait plus l’apparence d’une faille naturelle que d’un passage creusé par l’homme. Les deux hommes cheminèrent en silence pendant une petite heure. De loin en loin, à mesure que le tunnel s’élargissait, le client remarquait des ouvertures, parfois des échelles métalliques semblant conduire à l’extérieur, au-dessus du dense réseau de tunnels. Mais son guide n’y prêtait visiblement pas attention.
Finalement, le client se décida à lancer quelques mots, des considérations sans doute banales sur l’étendue des catacombes. L’arpenteur sourit.
- Oh, fit-il. Ça va aussi loin que l’imagination peut le concevoir. Plus loin, même.
- Tant que ça me conduit là où je veux aller…
- Là où l’on trouve des émaux ciselés, du vin à la cannelle et où la lune n’est pleine qu’une fois tous les trente trois jours…
- Je n’aurais pas dit mieux moi-même. Vous connaissez l’endroit ?
- Non, mais il est décrit dans mes tablettes. Dès lors je peux vous y conduire.
Le client fronça le sourcil.
- Vous n’y êtes jamais allé ? Vous n’y avez jamais emmené personne ?
- Non, jamais. Mais de toute façon je laisse les gens en bas de l’échelle. Je ne remonte pas, je ne sors pas avec eux. Ce qui se passe en haut ne me concerne pas.
Cela coupait court à toute autre question sur le sujet. En silence, les deux hommes continuèrent de longer un mur de briques rouges marqué ici et là de motifs en fer forgé à demi rouillés. L’arpenteur obliqua sans hésiter dans un couloir taillé à même un grès dans lequel on devinait des veinures dorées.
Les couloirs s’élargissaient, et l’ensemble s’asséchait. Les deux hommes pataugeaient moins dans les eaux d’écoulement. La lampe de l’arpenteur éclairait des frises de calcaire rongées représentant des scènes mythologiques, sans qu’il soit possible de déterminer précisément de quelle mythologie il était question.
- C’est encore loin ?
- Assez. Nous ne sommes pas à la moitié du chemin. Si vous ressortiez ici, vous tomberiez sur ce lieu où les hommes sont plus grands qu’ailleurs, où l’on ne connaît pas le travail du métal, mais où les massues de bois sont délicatement ouvragées.
- Je n’en ai jamais entendu parler.
- Peu de gens y vont. L’endroit n’a que peu d'intérêt et il est dangereux.
Après qu’ils aient longé sur quelques kilomètres le rivage d’un lac souterrain, l’arpenteur décida d’une pause. Ils s’assirent sur un banc de pierre et déballèrent leur repas. La viande avait l’apparence du lapin, mais le client n’osa pas se poser trop de questions à son sujet. Les champignons étaient excellents, ainsi que la trouble liqueur que l’arpenteur lui proposa en guise de digestif.
Quand ils reprirent la route, ce fut pour descendre le long du gouffre où se jetait le lac. Ils suivirent longuement un étroit sentier de mulet, puis l’arpenteur avisa une faille dans la paroi et il s’y glissa prestement. Son client le suivit, trébuchant sur les blocs schisteux qui encombraient le chemin. Le souffle d’air provenant de l’autre extrémité lui irritait les yeux.
Les deux hommes arrivèrent enfin dans une grande caverne au plafond hérissé de stalactites. Le sol était fangeux, mais l’arpenteur n’avait pas l’air d’y prendre garde. D’un coup de fronde, il abattit un petit serpent qui descendait vers eux en spiralant autour d’une des pointes minérales.
- Il se nourrit habituellement de rats, mais son venin est foudroyant. Surveillez la voûte, car il y en a d’autres.
Ils empruntèrent un escalier taillé à même la roche pour sortir de l’endroit. Le client scrutait les ombres, craignant d’y voir apparaître des formes sinueuses et menaçantes. Quand il débouchèrent dans un couloir dallé, signe tangible de civilisation, il respira plus librement.
Le granit était érodé, mais on reconnaissait des motifs taillés dans la roche, une procession de rois aux costumes sophistiqués. Puis la procession était interrompue par une fissure béante et reprenait après, avec d’autres costumes, différents des précédents. Le client s’était arrêté pour examiner ce travail dont on discernait encore la finesse et la précision, mais l’arpenteur lui fit signe de venir et il dut s’arracher à la contemplation des sculptures.
Les échelles conduisant à l’extérieur étaient elles aussi d’un travail différent, d’une couleur rappelant le bronze patiné. Çà et là, les parois étaient rayées d’éclats, comme si on s’était battu à cet endroit. Le client buta sur une aspérité du sol. C’était le squelette calcifié d’un homme encore crispé sur sa hache. Quelque chose dans la forme des mains -ou était-ce l’implantation des dents?- le mit mal à l’aise. Il accéléra le pas pour rattraper son guide.
- Que c’est-il passé, ici ?
- Un peuple qui vivait à cette sortie, là-bas -le guide désigna une échelle corrodée au fond d’un couloir latéral- a voulu s’emparer des richesses d’un endroit situé en haut de l’échelle que vous venez de dépasser. On s’est battu en surface, mais aussi dans les catacombes. Finalement, la région agressée a appelé d’autres peuples à son secours et la situation en est restée là depuis.
- C’était il y a combien de temps ?
- Je l’ignore. Longtemps, sans doute.
L’humidité recommençait à imprégner le sol. Il y avait des écoulements le long de certains murs, formant de véritables ruisseaux qui allaient se perdre dans les fissures du sol. Le couloir descendait en pente douce, s’étrécissant à mesure.
C’est au bord d’un puits à la margelle de grès rose que le guide fit signe à son client de s’arrêter.
- Vous voyez cette échelle, là-bas ?
- Oui.
- Eh bien, c’est en haut que vous trouverez l’endroit que vous cherchez.
Le client s’approcha de l’échelle et examina les montants métalliques corrodés. Il tira dessus, pour en éprouver la solidité et, satisfait, monta les premiers barreaux.
Puis il redescendit et tendit une petite bourse de cuir à son guide.
- Merci pour tout. J’imagine que, pour le retour, la procédure est à peu près la même partout ?
- À peu de choses près, oui. Trouvez le gardien Généralement cela suffit.
- Merci.
L’homme grimpa à l’échelle et disparut dans l’ombre du conduit vertical. Le guide s’assit au bord du puits pour souffler un peu, puis reprit le chemin du retour.
Il savait qu’il ne reverrait probablement jamais son client.


samedi 14 avril 2018

Point d'étape

Bon, mon prochain roman est terminé, en tout cas son premier jet. Parce que la deuxième phase, celle de la relecture et des corrections, elle ne fait que commencer. Alors on émonde, on taille, on rajoute, on réécrit. Et on remercie les ami.e.s qui se prêtent au jeu de la chasse à la coquille et à la phrase bancale, qui me commentent la structure, qui me disent si les buildups/payoffs marchent ou pas, etc.

Du gros boulot. Et en parallèle, bien sûr, j'ai attaqué le bouquin suivant, qui est prévu pour le nouveau label Les Saisons de l'Etrange. Ça va être une histoire d'enquêteur paranormal, avec un twist rigolo, je ne vous en dis pas plus.

Mais all work and no play make Niko a dull boy, c'est bien connu. Et donc, la semaine passée, j'ai passé le week-end à tester des jeux de société. Le Conan de chez Monolith, que je n'avais pas eu l'occasion d'essayer jusqu'alors, mais qui fut facile à maîtriser puisqu'il utilise le même système que leur Batman (dont le financement est bouclé). Mais j'ai aussi pu tester divers autres trucs, dont Blood Rage, dont le mécanisme m'avait semblé imbitable au départ, et qui en fait est assez génial. Le concept : des vikings envahissent une île magique dans le but de se couvrir de gloire, et les manières de récupérer de la gloire sont variées, y compris en perdant glorieusement des batailles. Retournements de situation garantis, encore plus brutaux que dans Game of Thrones. Je me suis fait défoncer, mais on s'est bien marrés. Je recommande le bazar.

Et un autre jeu qui m'a épaté, c'est La Flamme Rouge, un jeu de courses cyclistes, avec un mécanisme hyper simple, mais qui autorise de grandes subtilités tactiques. Vraiment une très belle surprise. Le système gère brillamment la fatigue graduelle des coureurs, les montées et les descentes, les effets de peloton, les échappées, mais de façon très fluide, et il est très équilibré. Pareil, je recommande vivement.

edit (emarcel) : passé l'après-midi de dimanche à jouer à Conan avec mes mômes. on s'est éclatés.

vendredi 6 avril 2018

Nocturnes

Héliocentrisme.

Un mot compliqué qui signifie simplement que nous tournons autour du soleil. Qu'il est le centre de notre petit monde.

Ce que cela signifie, aussi, c'est que quand il fait nuit, nous lui tournons le dos. La nuit n'est pas quelque chose qui se "fait", en fait. C'est une posture passive de notre moitié du monde. Elle est reposante : faire face au soleil nous aveugle. Elle porte aussi une potentialité morbide : si la terre s'arrêtait de tourner quand il fait nuit, alors ceux pour qui c'est la nuit gèleraient. Car le soleil est aussi au centre de notre univers à ce titre-là, il nous fournit l'énergie vitale qui nous alimente (bon, en cas de cessation de le rotation terrestre, ceux de la face jour crameraient. choisis ton type de camarde, camarade). Avec la réduction des éclairages ici et là, le citadin que je suis retrouve plus facilement le vrai goût de la nuit. On la sent quand, sur la route reliant les deux villes, désormais dépourvue de lampadaire, on croise un camion réduit à des alignements de loupiotes perçant l'obscurité et définissant une forme abstraite. Cette noirceur dans toutes les directions, seulement brisée ici et là par une lumière lointaine, a quelque chose d'à la fois pesant et libérateur.

La Nuit a toujours fait peur à l'Homme. Mais envisagée sous cet angle, cette peur a quelque chose de l'effroi pascalien : quand nous tournons le dos au soleil, nous faisons face au reste de l'univers.